Le massif des Aurès où culmine le Djebel Chelia (2308 m), le plus haut sommet de l'Algérie, est la barrière montagneuse qui, prolongeant les hauts plateaux de l'Atlas, marque brutalement sur la face Sud, la zone saharienne et est un élément de l'Atlas saharien du Constantinois.
En partant d'une altitude moyenne de mille mètres, la plaine saharienne de 100 m au moins est atteinte en 20 km à vol
 d'oiseaux.


   Ce massif qui a à peu près la forme d'un quadrilatère de 100 km de côté, présente sur sa face Nord-est, une échancrure plate d'une altitude moyenne de 1200 m en forme de cirque ouvert au Nord.
Ce plateau d'une douzaine de kilomètres de profondeur sur une dizaine de largeur, est bordé à l' Ouest par les Monts Chabord (1350 m), Ras Serdoun (1703 m), Tifekress (1722 m), Tissekla (1735 m) ; au sud par le Massif du Djahfa (1719 m) ; à l'Est par le Massif de Chettaia (1455 m).
Dans la gorge séparant de Ras Serdoun du Tifekress, prend naissance l'Oued Fringal alimenté par la source du même nom recevant les eaux de vastes réservoirs souterrains et jaillissant par intermittences quand les siphons s'amorcent.
   Cet Oued (en général sec, l'eau étant utilisée pour l'irrigation des plantations proches de la source) coupe le plateau d'Ouest en Est jusqu'au pied du Massif du Chettaia où il s'oriente sud - nord et prend le nom d'Oued Boughougal. Il s'infléchit ensuite au Nord - ouest sous le nom d'Oued Baghai et se perd dans le Chott El Tarf.
Sur le flan Nord du Massif du Djahfa, prend naissance l'Oued El Ghrour qui après un certain trajet s'oriente Nord -Sud entre le Djahfa et le Chettaia où il change de nom et c'est l'Oued El Hatiba, qui reçoit comme affluant l'Oued Tamagra et l'Oued Mellagou, puis change à nouveau de nom.
Il devient l'Oued El Arab, qui arrose les palmeraies de Khirane, El Ouldja et Khanga Sidi Nadj, avant de se perdre dans les parcours sahariens par Liana, El Ksar et Zeribet-Hamed.
Khenchela est bâti sur le bord de la face libre du plateau, une sorte de belvédère d'où l'on domine la vaste plaine de Rémila, (l'ancien grenier de Rome) et les ville d'Aïn Beida et Oum el Bohagi (Canrobert) au pied du Sidi Ghiss (1263 m).
De quelques directions que l'on se rende à Khenchela (sauf la direction du Sud), ce sont des routes en lacets qui y conduisent.
A l'est la Meskiana (60 km), au Nord Aïn Beida (50 km), à l'Ouest Batna (100 km).
La route du Sud conduit à Babar et Taberdga en plein massif des Nemanchas, se scinde en deux branches, pour atteindre les parcours sahariens. L'une Nord Sud, par la vallée des Béni Barbar et Seiar, l'autre par Djellal et Khangat sidi Nadji.
Ce sont les routes de transhumance empruntées par les nomades sahariens venant estiver sur les hauts plateaux et le Tell au moment des moissons et des troupeaux de mouton allant hiverner dans les parcours sahariens, quand les pluies d'automne y créent les pâturages.
Le climat est rude. Il n'est pas rare que les chutes de neige en hiver, sous une température négative de 7 à 10, avec un vent du Nord violent, rendent la circulation difficile. Par contre les chaleurs d'été sont fortes principalement quand souffle le vent du Sud (le sirocco) qui soulève des nuages de poussières.
Ces périodes sont heureusement rares et courtes et dès que le vent cesse les nuits sont fraîches.
Le plateau de Khenchela a été habité depuis des millénaires comme en témoignent les tumulus, appelés "escargotières" constitués de coquilles d'escargots, de cendres et de petites pierres sous lesquels reposent des squelettes humains de belles tailles.
Il est à présumer que ces peuplades existaient à l'âge paléolithique, les silex taillés en lame de couteau le laissent supposer.
La position stratégique du plateau, n'avait pas échappé aux Romains quand ils conquirent l'Afrique du Nord.
Au cours de la progression d'Est en Ouest, ils établirent des points d'appuis autour de l'Aurès.
Après Tebessa et la Meskiana, ils créèrent Mascula avant Timgad et Lambèse, et colonisèrent les environs comme en témoignent les nombreuses ruines de fermes disséminées non seulement sur le plateau mais aussi dans les plaines de Sbikha et Rémila d'où le nom de grenier de Rome.
Construite sur le bord Nord du plateau, Mascula ne fut découverte qu'en 1960 à l'occasion d'un lotissement prélevé sur les terres agricoles, pour l'extension de la ville de Khenchela.
Sous 1 m de terre, provenant de l'érosion éolienne, de magnifiques mosaïques parfaitement conservées furent mises à jour et les fouilles effectuées, sous la direction du conservateur du musée de Timgad, révélèrent une ville avec ses rues dallées et ses thermes.
Pendant la domination romaine, le pays connu une prospérité certaine et semble - t- il une cohabitation fructueuse avec les autochtones berbères.
On doit aux Romains la captation de la résurgence d'eau chaude (76°) à la base du versant Nord du Ras Serdoun et l'établissement de bains avec deux grandes piscines.
La découverte également sur le flan du Krouma, au Nord-Est de Khenchela, d'un puits naturel d'où sortait un air chaud et sec à plus de 50°, que les Berbères nommèrent Hammam-Knif aménagé en station thermale pour le traitement des rhumatismes. Le déclin de Rome, le départ des légions romaines très christianisées, qui avaient fait beaucoup d'adeptes dans la population autochtone, la négligence des ouvrages principalement des retenues d'eau (lacs collinaires) fit retomber la région dans son état primitif.
La brève domination de la Kahena, cette princesse sémite qui régna depuis Sbeitla (en Tunisie) jusque sur l'Aurès avec sa forteresse au Ksar Baghai n'apporta qu'un début de prospérité.
L'invasion arabe que cette princesse essaya de contenir en pratiquant la tactique de la terre brûlée en se retirant, mais dressant par la même les populations contre elle, ruina définitivement le pays.
Rejointe par ses poursuivants, la Kahena fut égorgée sur le Mont Faroun (2094 m).
Mascula pillée, détruite, brûlée, disparue peu à peu ensevelie par les poussières soulevées par les vents du Sud.
Les pierres taillées de superstructures des habitations furent récupérées pour des constructions édifiées au pied du Chabord où des sources permettaient des cultures maraîchères et fruitières ------Les Amamras de la région de Khenchela, détenant le contrôle du passage des Hauts Plateaux aux parcours sahariens, ce fut une source de conflits avec les Haractas de la région d'Ain Beida, des Segnias de la région d'Aïn Fakroun et des Nemamchas du Massif du Mahmel. Conflits se traduisant par des affrontements sanglants aux points d'eau comme l'a révélé le charnier découvert à la source d'Aïn Tamaiourth à l'occasion de la construction de la route du Sud.
L'armée française atteignit Khenchela en 1850 et une administration militaire mise en place, les travaux d'organisation de la ville furent entrepris. Le sommet du Chabord fut coiffé d'un petit fort d'où l'on dominait tout le plateau et les environs lointains.
Un vaste quartier militaire fut édifié au pied du Chabord. Un bordj administratif attenant reçu les services d'état major et d'administration civile. Un hôpital militaire. Un cercle des officiers.
Le plan de la ville de Khenchela fut établi et les larges rues et trottoirs se coupent à angles droits, tracés.
L'adduction d'eau par les sources du Chabord et les égouts furent mis en place.
Les liaisons routières avec Aïn Beida au nord et Batna à l'ouest furent établies en remplaçant les pistes muletières par des routes carrossables.
La route du Sud également, pour joindre Babar et Taberdga.
Peu à peu le village pris corps avec les différents commerces, épicerie, tissus, légumes et fruits, boucherie, etc.
Attenant à la partie Est de l'hôpital militaire, un vaste jardin public, clôturé de haies, vives complanté d'arbres et de massifs floraux sortit de terre.
Un square et une vaste place occupèrent le centre de la ville.
La mosquée fut construite sur la partie sud, l'église sur la partie nord dominant la dépression du plateau. La synagogue au centre ville.
Le commandement militaire entrepris également la réfection des bains romains de fontaine chaude et ses voies d'accès.
C'est une agglomération fonctionnelle que l'administration militaire laissa à l'administration civile, quant à la fin du XIXe siècle, la commune mixte avec son administrateur des services civils, succéda à l'administration militaire dite des "bureaux arabes" qui fut repoussée plus au Sud, une colonne de pierres romaines marquant la limite à 11 km sur la route du Sud au col du Djahfa.
Le décret gubernatorial, du 30 septembre1878 fixant les conditions d'installation de colons sur des terres en friches, permit l'établissement de lots de cultures sur une partie du plateau proche de la ville entre celle - ci et l'Oued Fringal.
Des fermes furent construites et des plantations effectuées. La vallée de l'Oued Boughegal débroussaillée et déroncée donna naissance à des prairies naturelles, permettant l'élevage de bovins et l'alimentation de la population en produits laitiers frais (lait, beurre, fromage).
Les liaisons avec Aïn Beida et Batna s'effectuaient par la route et au moyen de véhicules hippomobiles, diligences pour les voyageurs, chariots et charrettes pour les marchandises.
La ligne ferrée à voie étroite partant d'Oued Rahmoun ayant atteint Aïn Beida fut prolongée jusqu'à Khenchela à travers la plaine de Rémila.
En octobre 1905, elle fut inaugurée et assura un service journalier avec le nord du pays et les correspondances avec la voie normale desservant Constantine et les principales villes du Tell.
Avec Batna, les diligences continuèrent leur service jusqu'en 1914 où les cars automobiles prirent une relève éphémère et n'y furent définitivement affectés qu'en 1919.
En 1912, la ville de Khenchela fut érigée en commune de plein exercice, avec 2 900 hectares l'entourant. Les élections donnèrent un Conseil Municipal et un Maire.
La commune mixte prenant la place de l'administration militaire jusqu'aux parcours sahariens.
Cette commune s'étendait alors sur 150 km du nord au sud et 100 km d'est en ouest.
Elle était divisée en 20 douars ayant chacun à sa tête un caïd nommé par l'administration.
L'administrateur chef était assisté de deux adjoints dont l'un résidait à Taberdga.
La première installation d'éclairage public de la ville de Khenchela fut réalisée par une centrale de production d'acétylène remplacée par des lampes à pétrole, et au début des années 20, par une centrale électrique à moteurs thermiques distribuant du courant continu 110 volts.
Cette nouvelle installation permit l'électrification des habitations. Ce n'est qu'en fin des années trente que le courant alternatif à haute tension venant d'Aïn beïda, parvint à Khenchela par une ligne de 50 km sans usagers.
Les principales activités de la région étaient l'agriculture (céréales), l'élevage (moutons) et l'exploitation forestière, grâce aux magnifiques forêts de cèdres et pins d'Alep où l'administration forestière organisait des coupes mises en adjudication.
Les scieries furent certainement les premières usines à fonctionner et à traiter le bois de cèdre pour les charpentes et la menuiserie, le bois de pin d'Alep pour les caisses à dattes dont les palmeraies du sud avaient un grand besoin.
Le marché aux bestiaux du mardi connaissait une grande activité. C'était aussi l'occasion pour les artisans de l'arrière pays d'apporter leurs articles d'alfa travaillés et tissés et, à certaines époques, les fruits des vallées de Taberdga ou Djellal.
L'alfa faisait l'objet également d'une exploitation commerciale par une société qui fournissait des fabriques de papier de luxe anglaises.
Khenchela élevé au rang de sous - préfecture en 1959, les 20 douars érigés en commune de plein exercice avec municipalité élue au suffrage universel, vit sa population passer de 12 000 habitants en 1954 à 28 000 en 1962, avec tous les problèmes que cette situation posait dans les domaines de l'urbanisme (eau, égouts, électricité), compte tenu des impératifs militaires liés aux évènements.
Aujourd'hui Khenchela est Wilaya (préfecture) avec une population urbaine de 120 000 habitants.

Ecrit par : Marcel Gelin Pnha n°34 mars 1993

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